La relation Patient-Médecin

Maitriser la myasthénie est un travail d’équipe entre le patient et les soignants.

Dans le parcours que nous vivons, nous sommes confrontés souvent à divers spécialistes parfois dans des hôpitaux différents. La communication entre ces professionnels est parfois complexe. Il faut nous approprier la gestion de ces flux d’informations en devenant le directeur général de notre santé.

En effet, qui mieux que nous, est bien placé pour décrire ce que l’on ressent et pour indiquer à nos spécialistes les effets sur notre corps que les thérapies peuvent provoquer.

Dans le monde de la médecine spécialisée, les praticiens peuvent nous voir, non comme un être à part entière mais, comme une pathologie et/ou un organe à soigner.

La relation médecin-patient a traditionnellement suivi ce que l’on pourrait nommer le « modèle paternaliste » .

Le modèle paternaliste :

Dans ce modèle, le médecin est persuadé de savoir et d’être objectif. Il se voit comme le gardien de l’intérêt du patient. Il prend les décisions pour lui, en respectant simplement un principe de bienfaisance.

Le principe de bieModèle paternalistenfaisance pourrait être explicité comme étant :

  • le devoir de ne pas nuire ;
  • le devoir de prévenir le mal ou la souffrance ;
  • le devoir de supprimer le mal ou la souffrance ;
  • le devoir de faire le bien ou de promouvoir le bien.

Le serment d’Hippocrate inclut d’ailleurs à ce propos le surtout ne pas nuire (en latin primum non nocere).

Le patient est perçu dans le modèle paternaliste comme n’étant plus une personne raisonnable, capable de comprendre sa maladie ou de décider pour elle-même de la manière dont elle veut vivre ou mourir. Le médecin se positionne comme étant celui qui a le savoir. Le médecin est un expert et, pour sa part, le patient est dans l’ignorance.

Tout ce que le patient peut faire est d’acquiescer au modèle thérapeutique du médecin et sa liberté se limite alors à pouvoir changer de médecin traitant.

Le rapport patient-médecin est un exemple caractéristique de la manière dont les cultures occidentales gèrent les rapports entre science et démocratie. En effet alors que les avatars de la technologie (Internet en particulier) envahissent de plus en plus le monde contemporain et modifient indubitablement notre relation aux autres ou notre façon de nous penser humain (et de penser notre être dans le monde), c’est toujours par l’intermédiaire du médical que le citoyen lambda se trouve le plus intimement confronté avec la science.

Et les choses se compliquent d’autant plus lorsque l’on constate que les États ne sont plus en mesure de financer la recherche et que c’est le privé, par exemple les firmes pharmaceutiques, qui paient pour elle.

Mais comment le citoyen, sans formation scientifique, peut-il se positionner par rapport à l’idéologie scientiste dominante, alors même que la science se veut exclusive, réservée à un certain groupe de personnes, les universitaires ?
Cela pose la question de savoir quelle est la position des universités dans notre société : le rôle de l’université est-il d’être refermée sur elle-même (les articles scientifiques ne s’adressant qu’à des pairs, à d’autres scientifiques) ou bien doit-elle jouer un rôle actif dans la société, démocratisant le savoir pour le plus grand nombre ?

Aussi, dans cette perspective, la signification des savoirs des chercheurs dépendra de manière cruciale de leur capacité à rencontrer d’autres savoirs.
Le développement des « essais thérapeutiques » sur le sida a valeur emblématique de cette tension en tant qu’il occasionna de vives polémiques entre les différentes philosophies d’essais en présence du côté des médecins et des statisticiens (Dodier, 2004) dans le temps même où les mouvements de malades en faisaient le champ d’une bataille du savoir et du pouvoir dans leur volonté à défendre leur place propre dans la production des connaissances sur la maladie (Epstein, 2001 et Barbot, 2002).

Le modèle délibératif :

À l’inverse du modèle paternaliste, le modèle délibératif veut instaurer un dialogue entre le médecin et le patient. Le consentement (Parizeau, 1993) du patient se définit comme l’acte autorisant le médeMedecincin à mettre en œuvre un traitement qu’il a, au préalable, explicité au patient.

La difficulté surgit immédiatement, à la lecture de cette définition, puisque certaines personnes sont incapable de donner un consentement à un acte médical : l’enfant, le fœtus, le handicapé mental, la personne comateuse ou encore la personne âgée confuse.
Ces personnes sont celles qui ne rentrent pas dans la définition d’une personne donné par H. T. Engelhardt. La notion de contrat thérapeutique se base en effet sur le fait que le patient est (ou a été) une personne au sens où H. T. Engelhardt, à la suite de E. Kant, la définisse :

Pour être une personne, il faut:

  • une conscience de soi ;
  • la raison;
  • un sens moral minimum.

Une autre difficulté se situe dans l’articulation du principe d’autonomie du patient et le principe de bienfaisance comme étant un des fondements du modèle paternaliste.
Si le patient n’a pas la connaissance médicale, il est cependant en mesure d’évaluer les impacts de la décision médicale sur son mode de vie, ses valeurs, son histoire personnelle et le sens de son existence.
Il a la possibilité d’exercer son jugement et d’évaluer si le traitement proposé est acceptable, compte tenu de sa spécificité individuelle.

Mais pour pouvoir exercer son jugement, le patient doit avoir accès à l’information médicale.Un dialogue est donc nécessaire.
Si le patient d’un médecin est une personne, il se doit de lui laisser prendre les décisions qui affecteront sa vie. Le contrat se constitue dans une délibération entre la volonté du patient et du médecin.
Les deux volontés interviennent dans le consensus à part égale, mais il faut souligner que le patient a en tout cas le droit de décider lui-même ce que les traitants peuvent faire ou ne pas faire (autonomie du patient).

Lorsqu’une équipe encadre le patient, la discussion se réalise avec l’ensemble du personnel soignant et n’est plus une décision prise uniquement par le médecin au sommet de la hiérarchie des intervenants, tel un « bon père de famille ». Les infirmières, par exemple, doivent prendre part à la décision. Ce n’est pas au médecin de prendre des décisions de vie (et de mort) en lieu et place des personnes.

Personne n’est mieux placé que la personne (informée) elle-même pour décider ce qui est le mieux pour elle.

Pour mieux démontrer cette nouvelle vue, il serait sans doute plus judicieux de parler de la « Relation patient-médecin ».

« (..) Les maladies sont ordonnées en une sorte de classification hiérarchique correspondant approximativement à la gravité des altérations anatomiques… dont on peut supposer qu’elles s’accompagnent. Malheureusement cette classification hiérarchique ne s’applique pas seulement aux maladies, mais aussi aux malades… qui s’y rattachent. Les patients dont les troubles peuvent être ramenés à des altérations anatomiques ou physiologiques… sont d’une catégorie supérieure, tandis que les névrosés sont en quelque sorte la lie qui subsiste lorsque tout le reste a été éliminé…. Un des corollaires de cet état de fait est que le médecin se sent fier d’avoir dépisté le diagnostic d’une maladie organique, mais qu’il confesse avec une certaine gêne la découverte d’un diagnostic de névrose. Cela devient compréhensible si nous nous souvenons que le diagnostic de névrose peut-être formulé par n’importe qui alors que le diagnostic d’une maladie physique exige une compétence professionnelle d’expert…  » Michael Balint.

Dernière MàJ le : 28 juillet 2016 à 8 h 39 min

Page créée le 30 juin 2013